Tu es moi de Edmonde PermingeatTu es moi-Permingeat-critique, avis, roman-FleurdÔ
Éditeur: France Loisirs / Collection: Nouvelles Plumes
Publié en septembre 2015

Prix des lecteurs France Loisirs 2015

Résumé:
Noëlie, mariée à un riche médecin dans le sud de la France, trompe son ennui en étalant sa vie de rêve sur Facebook. Léo, un petit voyou, remarque l'incroyable ressemblance entre la jeune femme et sa petite amie, Zoé, et concocte un plan infaillible : kidnapper Noëlie afin que Zoé prenne sa place. La jeune aide-soignante joue le jeu et la voilà propulsée mère de famille et épouse d'un homme qui ne la laisse pas indifférente... Mais troublée, Zoé s'interroge : et si cette ressemblance n'était pas le fruit du hasard ?

Mon avis (5/6)
Psychologie, amour, haine, désir, non-dits, secrets émaillent cette épopée qui lie plusieurs familles. La Famille, sujet fort du livre. Les sentiments de chaque personnage sont bien détaillés, l'héroïne est forte, courageuse et pleine d'espoir pour l'avenir. On côtoie des personnages de tout horizon social, on navigue à travers de nombreux lieux. Un zeste d'humour est distillé également dans quelques situations, répliques, on sourit forcément! 

Certains diront que l'écriture est trop scolaire, simple, pour ma part elle ne m'a pas gênée et m'a permise d'être transportée dans l'histoire avec une étonnante facilité. Il m'est arrivé de lire plusieurs fois un passage, car le style était si joli, si poétique...souvent dans les moments les plus dramatiques.
D'autres diront que les personnages sont des clichés, des caricatures, en ce qui me concerne je les ai trouvés loin de cela, car ils sortent tous de leur cadre habituel et nous prouve qu'ils ont bien d'autres casquettes en réserve.

L'histoire prend très souvent des tournures inattendues et grâce à cela on est toujours happé par le récit. 
J'ai lu ce livre en trois soirées, autant dire que je l'ai dévoré, car on veut savoir la suite des aventures des protagonistes. 
La fin m'a beaucoup émue et surprise, elle fut à la hauteur du roman.

J'ai décelé quelques incohérences et raccourcis culottés qui auraient nécessités un minimum de transition...n'oublions pas qu'il s'agit là de son premier roman. Malgré cela, l'histoire m'a tellement plu de part son originalité et son rythme que je ne peux me résoudre à lui baisser sa note. 

A toi, Rowan Joffé, réalisateur (adaptation ciné de "avant d'aller dormir"), qui je n'en doute pas, lis mon blog (joke), il faut que tu adaptes cette histoire au cinéma!  

Quelques passages:
"Putain, amène-toi, Zoé, viens voir ça, y a ton portrait craché sur Facebook!"

"Pieds nus, enveloppée dans une grande serviette, elle vint s’asseoir quelques instants plus tard sur le canapé crasseux aux accoudoirs constellés de trous de cigarettes. Les ressorts saillaient comme des serpents enfermés dans un sac. Léo trépignait d’impatience, le portable sur les genoux."

"Le vieil homme ferma les yeux et, comme si les digues érigées depuis des décennies sur ce lourd secret de famille sautaient, une cataracte d'images prisonnières des eaux troubles de son passé déferla dans un tourbillon."

"On s'habitue à tout. Même au pire! Chaque jour répétait le précédent, immuablement. Le temps n'était plus une mesure, mais quelque chose d'épais et de poisseux dans quoi elle était engluée comme un insecte sur un attrape-mouche."

"La femme pinça la peau de son ventre entre le pouce et l'index et la tira, dévoilant un minuscule bourrelet.
-Regard cette énorme bouée, ça me bouffe la vie, je ne peux plus me voir dans un mirroir.
-Quelle conne! pensa Zoé, si elle devait trimer pour gagner sa croûte, elle n'aurait pas le loisir d'observer son lard et son nombril!"

"Ces richards s'en croient comme des dindons borgnes et crachent sur les petites gens. Et qu'est-ce qu'ils ont de plus que nous? glapit le beau-père. Ils n'ont pas compris que sur le plus beau trône du monde, on est jamais assis que sur son cul!"

"Comment avait-elle pu prendre sa place et vivre chez elle en toute quiétude en la sachant prisonnière dans cette immonde masure? Lui voler son mari et ses enfants? Abuser de la confiance de ses parents?"

"Un matin gris collait à la baie vitrée comme du papier sale. La contemplation de son existence en images lui avait fait oublier l'hiver et réveillé le printemps en lui restituant, par-delà la mort, l'être sans qui sa vie était devenue un désert. Le vide avait fait place au jaillissement d'une plénitude. Mais l'album à peine refermé, la souffrance revenait."

"Le nuage noir de son chagrin emprisonné depuis des jours dans son coeur creva soudain, explosa en grêlons dans ses yeux tout brouillés. Quand elle se releva, elle accrocha son image dans le trumeau: le fantôme d'elle-même, terrassé par le désespoir, errant sans feu ni lieu avec pour tout avenir les affres de la décrépitude."